A la Toussaint – rendons hommage aux morts

En Amérique du Sud

Ils étaient riches ou pauvres, célèbres ou anonymes, hommes, femmes, enfants – nous nous arrêtons devant leur tombe et nous pensons à ce qui a pu être leur vie.

Si, au cours de mes voyages, il m’est arrivé régulièrement de documenter en images des cimetières, ce n’est pas par un goût morbide, mais motivé par le sentiment que la mort et les rites funéraires font effectivement partie de notre vie. Les lieux d’enterrement, l’aspect et la décoration des tombes nous renseignent sur la culture à laquelle appartenaient les défunts, ils nous donnent des indices sur ce qui a été leur vie. Autant j’aime rencontrer des personnes en chair et en os de toute origine, nouer des contacts avec elles, même très éphémères, et en garder un souvenir en images, la rencontre silencieuse avec des personnes invisibles, enterrées dans un cimetière, complètent l’image que je me fais de l’humanité.



Cimetière en pleine campagne, dans les Chiapas, Mexique
Cette province compte une forte population indigène, le mouvement zapatiste y a vu le jour. Le cimetière coloré est à l’image de la population qui a gardé ses traditions.

Les caractéristiques de ce cimetière à Hoctún dans la province voisine, le Yucatan, sont similaires. La population Maya est connue pour son goût des couleurs.

Putre, province de Parinacota, Andes, Chili

A la veille de la Toussaint, le cimetière prend des couleurs grâce aux décorations des tombes, le tout devant la coulisse magistrale des sommets andins. Putre se trouve à 3500m d’altitude.

Cimetière anonyme de travailleurs de la mine, désert de l’Atacama, Chili

Le dénuement de la scène en dit long sur la condition des pauvres ouvriers, enterrés ici, parfois avec leur famille

En Argentine, le Gaucho Gil est une figure légendaire, un genre de Robin des Bois local, qui fait l’objet d’une vénération fortement ancrée dans la population. Des “tombes-autels” sont érigées en maints endroits du pays, ici près de Mendoza, où la population remercie le gaucho pour tel ou tel bienfait

Cimetière chez le peuple Kuna Yala, Iles Saint Blas, Panama
Le hamac – lieu de vie, de la naissance à la mort, y joue un rôle central.
Les défunts sont placés dans un hamac logé dans une fosse profonde, recouverte de planches sous un monticule de terre, le tout abrité sous des huttes sommaires. Le famille y vient pour faire des offrandes aux morts.

Changement de décor radical en nous rendant au cimetière de la Comuna 13 à Medellin, Colombie

Pendant un demi-siècle, se sont affrontés ici avec une violence inouïe narcotrafiquants, brigades et milices de tout bord ainsi que des troupes gouvernementales semant la terreur parmi la population de ce grand bidonville. Heureusement après une dernière opération sanglante de l’armée en 2002, la paix a été retrouvée dans le quartier, et ce, grâce à l’engagement de l’Etat, de la municipalité, des habitants et last but not least des initiatives de groupes d’artistes qui ont fini par transformer le lieu en attraction touristique. Les peintres de rue se sont également saisis du cimetière, leurs œuvres commémorent désormais de façon poignante nombre d’acteurs et de victimes de ce passé tragique.

Cimetière de La Recoleta, Buenos Aires, Argentine
Ce cimetière “chic” est le plus réputé de la capitale. Comparable au cimetière du Père Lachaise à Paris, on y trouve notamment les mausolées des hommes et femmes célèbres du pays

Pour finir, je vous amène dans une de mes régions favorites en Argentine, les Esteros de l’Ibera – les Marais de l’Ibera – dans la Province de Corrientes. Il s’agit d’une gigantesque réserve naturelle, située dans un ancien bras de la rivière Paraná. Les visiteurs s’y rendent pour y observer une faune exceptionnelle – caïmans, cerfs, singes, capybaras et oiseaux en premier lieu. Le cimetière de la petite ville de Carlos Pellegrini recèle cependant aussi une originalité: les tombeaux sont parfois peints ou décorés dans les couleurs du parti politique qui avait les préférences du défunt. Et voilà-t-il pas que l’on peut y voir des tombeaux jumeaux de couples où homme et femme ont fait décorer leur tombeau, chacun dans une couleur différente! Cela mérite de terminer la série par un “crépuscule des Dieux” qui reflète, si on y croit, la réaction du Ciel à ce genre de désordre propre au genre humain…

Il y a de l’orage dans l’air – Esteros del Ibera

4 comments

  1. Salut Georg.
    Superbe hommage à tous les disparus, jeunes, vieux, riches ou pauvres.
    Moi, le cimetière que j’ai adoré est celui – très connu – de Sapantza en Roumanie.
    Il est joli et intime, et plein d’œuvres colorées d’artistes locaux.
    Merci pour ton partage.
    Bien cordialement,
    Francis

    • Merci Francis. Merci aussi pour la référence Sapantza. Très beau cimetière avec plein de peintures naïves! On n’est pas si loin du Mexique!

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