Deux capitales au bord de la Méditerranée

Deux capitales au bord de la Méditerranée

Des circonstances favorables nous ont permis à une semaine d’intervalle de visiter cet automne deux capitales  au profil bien différent. Certes, elles ont des points communs : leur situation au bord de la Méditerranée et leur appartenance au monde musulman, mais les similitudes s’arrêtent là. Alger, visitée en premier, est la capitale d’un pays qu’en Europe on pourrait qualifier de “confidentiel”, tellement rares sont les touristes qui s’y aventurent. A côté de cela, un véritable flot de visiteurs venant du monde entier se déverse quotidiennement dans les rues d’Istanbul. La visite d’Alger a été motivée par des raisons familiales alors que le voyage à Istanbul devait nous permettre de combler une grande lacune: nous voulions enfin connaître la nouvelle Constantinople, un « must »  pour toute  personne qui s’intéresse aux grandes cités qui ont façonné la culture de notre monde.

L’accueil que nous a réservé la population à Alger fut extrêmement chaleureux. Cela s’est vérifié autant chez des amis d’une de nos filles qu’auprès de nombreuses personnes inconnues, rencontrées dans la rue avec lesquelles la conversation s’est engagée spontanément sans la moindre difficulté. Cette gentillesse est la première chose que j’ai retenue de notre séjour à Alger. Que les « événements » douloureux de la Guerre d’Algérie semblent loin !  Nos interlocuteurs ont accueilli les bras ouverts les « revenants » et tous nous ont fait part de leur soulagement que la page de la guerre civile qu’a connue le pays pendant les années noires entre 1991 et 2005 fût  définitivement tournée.

Alger « la blanche » est une belle ville qui s’étale en amphithéâtre au fond d’une large baie. Au pied de la kasbah, l’ancienne forteresse, s’étend le port vers lequel mène d’autre part la rue Mourad Didouche,  l’ancienne rue Michelet,  artère principale du Centre depuis l’époque coloniale. C’est dans ce secteur que l’on découvre des immeubles qui rappellent le Paris Haussmanien tout en affirmant un caractère bien spécifique : les bâtiments sont blancs, dotés souvent de balcons avec des détails de décoration classique très variés, agréables à regarder. Les encadrements de fenêtres de couleur bleue y ajoutent  un joli contraste. Le bâti du Centre est bien préservé, rares sont les immeubles modernes rompant l’harmonie. Le nombre de bâtiments restaurés augmente au fur et à mesure qu’on se rapproche de la Grande Poste,  un des monuments les plus célèbres de la ville en style néo-mauresque. La circulation en ville est dense, les embouteillages nombreux. Dans les hauteurs, quelques parcs procurent des espaces de verdure et offrent de jolies vues sur la ville et la mer. Un seul regret : la propreté n’est pas toujours au rendez-vous. En cela, Alger se distingue négativement d’Istanbul où les services municipaux mettent un point d’honneur à veiller à une propreté exemplaire dans les rues et sur les places.

Quels sont les autres points forts de la ville sur le Bosphore ? La liste en est longue.  A commencer par sa géographie : trait d’union entre l’Europe et l’Asie aussi bien dans le sens Ouest-Est que dans le sens Nord-Sud, Istanbul est de ce fait également un carrefour unique des cultures entre Orient et Occident. L’histoire plus que deux fois millénaire sans aucune interruption dans le temps est présente partout. Les vestiges de l’antiquité, de l’empire byzantin et de l’ère ottomane sont omniprésents, elles sont nombreuses dans le sous-sol, comme ces impressionnantes citernes byzantines, vastes salles souterraines où les fières colonnes gigantesques supportent des voûtes millénaires. En surface, la succession de monuments remarquables est sans fin. Le regard va de coupole en coupole, les nombreux minarets accentuant le paysage. La ville s’étend sur sept collines principales avec des vues spectaculaires sur la mer ouverte ou sur les bras de mer comme la Corne d’Or ou le Bosphore. Pour le reste,  à chacun de faire la découverte personnelle de la ville, chacun à son rythme et selon ses goûts. Si je devais mentionner un endroit qui nous a particulièrement touchés, je mentionnerai le quartier d’Eyüp, un ancien village situé au fond de la Corne d’Or, qui est en même temps un important lieu de pèlerinage musulman.  Pour les occidentaux, plus particulièrement les francophones, ce lieu a un attrait spécial puisque c’est ici que résida quelque temps Pierre Loti à la fin du 19e siècle. Dans ses romans Azyadé,  Fantôme d’Orient et Les Désenchantées Loti mêle des souvenirs personnels, des intrigues romanesques et une vision critique du rôle de la femme turque à la fin du règne ottoman – je serai tenté de dire « déjà » puisque le sujet est loin d’être épuisé de nos jours… Loti fréquentait un café sur la butte qui surplombe la Corne d’Or. Ce café offre un des points de vue les plus extraordinaires sur la ville. Il est accessible par un téléférique. Toutefois je déconseillerai au visiteur de se servir de ce moyen de transport, non qu’il ne soit pas sûr, mais parce que l’on se priverait ainsi d’une des plus belles promenades qu’on puisse faire : depuis la mosquée d’Eyüp, il faut emprunter un chemin à travers un vieux cimetière qui mène directement vers le café. C’est un endroit qui bénéficie d’une atmosphère de paix et de recueillement. Les tombes familiales sont dispersées sur toute la colline sous les arbres, entre les buissons. Par-ci, par-là on rencontre une personne qui est venue entretenir une tombe. Autrement la seule compagnie peut-être celle des chats fins et élégants qui semblent affectionner particulièrement l’endroit. Après avoir savouré une tasse de thé ou de café sur la terrasse on peut bien entendu retourner au Centre pour continuer la visite des innombrables curiosités. Mais on peut aussi retourner au village d’Eyüp et se diriger à travers des quartiers populaires vers la grande enceinte byzantine derrière laquelle se cachent d’autres merveilles comme l’église Saint Sauveur in Chora qui abrite, dit-on, les plus belles mosaïques du monde byzantin, rien que cela !

4 comments

  1. Bonjour,
    J’ ai découvert votre site hier soir en cherchant des infos sur Carlo Levi car j’ ai relu son livre Cristo si è fermato a Eboli. J’ ai bien aimé vos photos du village actuel, les paysages sont impressionnants.
    J’ ai fait un tour sur vos autres récits, j’ aime bien le ton et la façon dont vous décrivez les lieux visités. Je crois que nous sommes voisins, j’ habite Nancy.
    Merci de partager tout cela avec nous.
    Marie ange Campagnolo, Nancy, France

    • Merci pour votre appréciation. Le but de ma démarche ne se résume pas à fixer des impressions, mais surtout de les partager avec toutes les personnes qui pourraient être intéressées.

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